samedi 21 février 2009

Rohingyas


Des nouvelles de Cecilia me rassurent quelque peu. Il arrive fréquemment que des vols surviennent dans les bus gouvernementaux, souvent perpétrés par le chauffeur ou l’équipage. De plus, elle a pu faire transférer la femme brûlée vers Mae Sot et va bientôt s’enquérir de son état. Un nouvel appareil photo en poche, je décide de quitter Bangkok au plus vite.

Route vers le Sud, Ranong. Le Lampedusa Thaï, point de chute de centaine de Rohingyas venus s’échouer sur ses plages dans les dernières semaines. En Thaïlande, l’affaire « Rohingyas » a fait la une des quotidiens. Des centaines de réfugiés, rejetés à la mer sur des bateaux sans moteur par l’armée Thaï…Le gouvernement promet de punir les coupables.
Les Rohingyas, musulmans de l’état Arakanais situé à l’Ouest de la Birmanie à la frontière avec le Bangladesh, constituent sans l’ombre d’un doute l’ethnie la plus malmenée de Birmanie. Non reconnus par le régime, ils ne peuvent posséder de carte d’identité, n’ont pas le droit de se déplacer par voie terrestre, voire même de se marier. Leur province a été vidée cette année de ses ressources pour pallier au manque de vivres qui a suivi le passage de Nargis. La situation de famine qui y est maintenant bien réelle pousse les Rohingyas à affluer par milliers au Bangladesh, en Inde et en Malaisie qu’ils tentent de rejoindre sur des embarcations de fortune. Nul doute qu’ils ne sont pas les bienvenus en Thaïlande et alimentent bien des réseaux de trafic humain.


La frontière entre Thaïlande et Birmanie me parait étonnement ouverte entre Ranong et Kawthoung, séparées uniquement par un petit bras de mer abondamment pratiqué par de nombreuses embarcations. Sur celles-ci, les birmanes se protègent du soleil derrière des parapluies colorés. Les Birmans du Sud du Tenasserim obtiennent assez aisément un visa de travail hautement contrôlé leur permettant de faire la navette entre les deux pays, comme me l’explique un jeune birman croisé sur l’un de ces bateaux. Lui néanmoins doit revenir en Birmanie tous les 15 jours et y séjourner pendant au moins 15 jours avant de retourner en Thaïlande. A 24 ans, il espère ainsi pouvoir amasser bientôt assez d’argent pour épouser sa fiancée. Le bateau s’arrête en de multiples points de contrôle sur de petites îles de l’archipel: douanes thaïlandaises, puis armée Thaïlandaise, qui joue le double rôle de contrôle de la légalité de passage de la frontière pour les birmans et de lutte contre le narcotrafic. Du côté birman, seule la police se prélasse dans sa petite cahute sur pilotis, prise ici au loin.

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