mercredi 17 décembre 2008

Manifestation de soutien à Aung San Suu Kyi


Malgré la pluie cinglante de cette après-midi grise des jours précédant Noël, une petite assemblée de cinquante à cent personnes réunie sur l’esplanade du Trocadéro a bravé aujourd’hui l’indifférence ambiante. Répondant à l’appel de différentes associations et de la Mairie de Paris, quelques badauds, avisés ou non, étaient présents pour écouter l’appel au secours porté par Jane Birkin en faveur de la dame de Rangoon, Aung San Suu Kyi. L’événement, organisé par le journal Marie Claire, faisait écho au 9e sommet des prix Nobel de la Paix qui s’est tenu la semaine dernière à la Mairie de Paris.

Citoyenne d’honneur de la Ville De Paris
Au cours de cette réunion, placée cette année sous le signe des droits de l’homme-sa tenue a coïncidé avec le soixantième anniversaire de leur déclaration universelle - les nombreux lauréats du Prix Nobel ont décidé de porter un message de soutien tout particulier à Aung San Suu Kyi, figure emblématique de la lutte pour les droits de l’homme et les droits d’expression en Birmanie. Jane Birkin, qui soutient depuis de longues années la cause du parti démocratique birman de Aung San Suu Kyi et a récemment composé une chanson en son hommage, s’est vu remettre par les participants au sommet une lettre adressée à M. Bernard Kouchner. La ville de Paris s’est par ailleurs associée au soutien apportée au leader de l’opposition birmane en la nommant citoyenne d’honneur de la ville de Paris et en contribuant à l’organisation de la manifestation d’aujourd’hui, destinée à rendre publiques les déclarations des Prix Nobel de la Paix.

Vœux pieux
Autour du panneau central placé dos à la perspective de la Tour Eiffel et portant les photos de Aung San Suu Kyi et de nombreux opposants emprisonnés récemment en conséquence des émeutes de septembre 2007, quelques curieux et de nombreux membres d’associations se pressent. Beaucoup se saluent, se reconnaissent. La réalisatrice Agnès Varda, dont le film « Les plages d’Agnès » sort aujourd’hui, peut être aperçue au milieu des mains qui se serrent. Finalement, le sort du peuple birman intéresse toujours les mêmes, passée l’exaltation médiatique de mai montrant un cyclone ravageant une population enclavée et laissant plus de 300 000 morts. « L’exaltation médiatique aura duré une semaine, une petite semaine », lance Jane Birkin. « Nous faisons porter la faute de ce qui se passe dans ce pays à la Chine, soutien de longue date au régime birman, aux Russes, qui bien souvent bloquent les résolutions de l’ONU, mais ces pays ne sont pas des démocraties, que je sache. Si nous, démocraties, n’intervenons pas, qui le fera ? » Et de rappeler que suite au cyclone Nargis que tous ou presque ont déjà relégué dans les archives de l’année, quelques 70 000 orphelins sont venus grossir les rangs des enfants soldats en Birmanie. Se succèdent au micro des humanitaires, Info Birmanie, Amnesty International, La ligue des femmes pour la démocratie, ainsi que des élus, M. Philippe Martin, président du groupe d’étude France-Birmanie à l’Assemblée Nationale, puis son homologue au sénat, Mme Joëlle Garriaud-Maylam. Tous deux confirment le soutien de la France au mouvement démocratique porté par Aung San Suu Kyi et invitent la junte militaire à amorcer un processus de dialogue. « La démocratie est inéluctable », assure la sénatrice « Le problème est qu’en Birmanie, une longue parenthèse de plus de vingt ans est venue la retarder, les derniers mois ayant été particulièrement insoutenables. » Il ne faut pas oublier que la dame de Rangoon, malade et isolée, a bien failli mourir dans l’indifférence cet été, et que des dizaines de jeunes manifestants de la révolte safran ont été condamnés cet automne à des peines de soixante-cinq ans de détention.
La manifestation s’est achevée sur la lecture par deux exilés birmans d’un trentaine de noms de ces jeunes prisonniers politiques qui ont résonné sur l'esplanade des droits de l’homme comme un rempart contre l’oubli.

Chanson pour Aung San Suu Kyi













Voici la chanson de Jane Birkin pour Aung San Suu Kyi.
Elle se passe de commentaires...


Bientôt des images de la manifestation de 12h au Trocadéro.

mardi 16 décembre 2008

Départ

Des envies de rencontres bousculent mon imaginaire depuis quelques temps, depuis toujours, il faut bien l’admettre. Mon quotidien studieux de petites mains chercheuses de miracles scientifiques, loin de libérer mon esprit, l’asservit un peu plus de jour en jour. La décision mûrit, il me faudra bien quitter cet univers ouaté, dans lequel les réseaux ne sont que spéculations et hypothèses, pour me piquer au grouillement humain. Partout ailleurs, je le sens qui fourmille. Des milliers de regards se croisent chaque jour, à chaque instant, sans que les langues se délient. Insupportable pour moi, rien de plus important que les mots des autres tapis au fond des regards !
Ce sont donc eux que je vais désormais récolter, décortiquer, regrouper, analyser. La pratique de la science m’a offert de projeter cet œil lucide sur chaque objet. Objets ? Les envies, les revendications, les peurs, les frustrations, les espoirs dont je veux me faire le héraut, peuvent-ils donc n’être réduits qu’à cela ? Déjà je pressens bien que non, et pourtant cette distanciation, qui sait ?, me sauvera peut-être un jour de cette déferlante de sentiments humains. Vu du rivage, « Le silence de la mer », ne laisse malheureusement rien présager de ces tempêtes qui grondent.
Le choix de mon premier terrain d’investigation du monde sensible se porte naturellement vers la Birmanie. Pays de mystères, riche des rubis scintillants de Kessel et des marchés bigarrés et colorés d’un Norman Lewis d’après-guerre, pays de tous les interdits dont les jungles résonnent des pas croisés des seigneurs de la guerre et des seigneurs de l’opium, mais surtout et irrémédiablement, pays de toutes les peurs, où les vies croupissent à mots couverts depuis plusieurs décennies. Tous me questionnent : pourquoi si loin ? pourquoi si complexe, dangereux…Peut-être qu’en un sens, ce qui m’est éloigné paradoxalement me semble plus simple d’accès. Tout dans ce pays sera une découverte, aucun a priori ne recentrera le cadrage de mon regard sur les autres, aucun schéma pré-établi ne sera projeté par mon moi égoïste. Sauf peut-être celui du goût de la liberté. Pour le reste j’ai tout à apprendre de cette mosaïque de peuples capables de projeter vers le ciel des centaines de flèches d’or et de montrer l’abnégation d’admirer un cheveu de Bouddha retenant une roche menaçante et (a)dorée…kyaikhtiyo.
Je sors de l’ambassade de Chine et l’entrée dans celle du Myanmar me frappe. Pour la Chine, des centaines de ressortissants et au moins autant de touristes en attente s’amassent dans un hall froid et gris, prêts à affronter des heures d’ennui devant un écran projetant inlassablement une chaîne de divertissement en mandarin. Je suis seule dans le salon des visas de l’ambassade du Myanmar. Le silence est presque pesant durant les quelques minutes d’attente avant qu’un fonctionnaire ne me remarque. Au sol, de lourds tapis amortissent les sons, de fines chaises en teck s’offrent à des visiteurs fantômes et sur les murs des affiches « Visit Myanmar 1996 » témoignent de l’engourdissement du pays dans des pratiques d’un autre âge. Une sorte d’angoisse m’envahit. Dans ma poche, une liste de contacts birmans… Serais-je inconsciente ?
La fonctionnaire me tend mon passeport, dûment tamponné d’un visa de touriste. C’est donc décidé, je pars. Je serai la Julia d’Orwell.