L’idée ? L’union du PNR (Parc Naturel Régional), des communes du Plateau et de nombreuses associations dans une action culturelle itinérante retraçant l’histoire, l’imaginaire et l’identité du territoire (Ligne(s) de partage). Trois jours de randonnée à travers le territoire, une pièce de théâtre sur la scène naturelle du Plateau, des œuvres de Land Art exposées par des plasticiens locaux et des soirées d’ouverture vers des cultures empreintes de liberté. La volonté affichée aussi de consolider ou de mettre à l’épreuve cette ligne de partage si ténue et fragile entre tous les acteurs locaux et institutionnels.

Le dialogue ici plus qu’ailleurs se conçoit dans l’affrontement perpétuel. Les incompréhensions, malgré les rencontres et les frottements, se perpétuent et s’auto-entretiennent. Pour preuve, un article d’un petit journal local, datant de deux ou trois ans mais toujours criant de réalité, vilipendant vertement la structure PNR créée en 2004 (Le PNR, nouveau désert).
Alors, ligne(s) de partage, un simple moment convivial de l’été ? Le moment aussi de prendre la température du territoire.
Si le silence est d’or…
Ligne(s) de partage se construit autour de la notion de silence et de parole. Le spectateur suit les remous de l’intrigue du « Roi du silence », pièce sombre et nostalgique de Laurence Biberfeld mise en scène par une compagnie locale, La Chélidoine. Au détour du sentier qui traverse les 3 départements du Plateau sur 3 jours, les scènes surgissent du silence et font renaître les démons du passé et l’histoire mouvementée de la région, empreinte d’une succession de moments de résistance. Résistance à la conscription sous Napoléon, résistance des exilés espagnols pendant la dernière guerre…comme autant de justifications, certes abusives, d’une résistance plus actuelle. Les colporteurs de mots invitent à « l’écoute profonde », condition de la construction de l’histoire. Condition peut-être aussi du dialogue entre les uns et les autres.

Silence, parole et musique s’articulent en tableaux saisissants. Moments de poésie, lorsqu’une barque glisse au loin et que l’eau porte jusqu’à nous les confidences des personnages. Moments de complicité souriante alors que Marc Perrone, célèbre accordéoniste invité pour l’occasion, clame devant les groupes colorés du Plateau : « Notre musique est décroissante, nous jouons pour vous et non dans un zénith quelconque. La croissance est par essence limitée, la décroissance est infinie ! » Moments de pure fête avec le Super Rail Band de Bamako, qui nous vendra ses instruments avant de s’en retourner, plus léger, au pays.
Une réussite en demi-teinte…les associations, devant le public nombreux réuni pour la clôture, oublient de mentionner le PNR, pourtant porteur du projet, dans les remerciements…Les crispations demeurent, chacun garde position sur sa ligne.
Du journalisme (bis)
Julie, toute jeune journaliste, fait ses armes à la locale de l’Echo. Elle a renoncé à l’idée d’une école de journalisme en acceptant ce poste et découvre maintenant les moments forts et les revers du métier. « Il faut supporter au quotidien les opérations de communication des uns et des autres, associations, collectivités, les salles combles des conférences de presse où seuls deux journalistes sont en réalité présents, les petits fours obséquieusement offerts…Je m’occupe aussi des faits divers. Au-delà de leur image rebutante, j’ai découvert qu’ils constituaient pour moi le seul espace de liberté, ces moments de véritable travail journalistique, ces petites joies d’arracher aux gens des informations qu’ils n’étaient pas a priori préparés à te livrer… »
Sur Ligne(s) de partage, j’ai rencontré David, qui travaille et milite dans une association de promotion de bonnes pratiques environnementales, « centre agro-écologique et culturel » (Le battement d'aile). Pour lui, le Plateau ne regorge pas que d’illuminés, ces déçus de la civilisation qui ont jeté l’éponge et regardent le temps passer. Ce territoire est bien celui du développement d’une autre forme de travail, d’une formidable innovation, d’expérimentations couronnées de succès et de réseaux solidaires. « Une autre vie s’invente ici ». Nulle part ailleurs le slogan des Parcs Naturels ne résonne avec autant de vérité. David me pose une question troublante : « As-tu pensé à t’installer ici ? » Je réfléchis depuis quelques temps à un projet. La création d’une société coopérative de rédaction, avec comme objet une autre approche du journalisme, détachée des enjeux de la capitale et des courants de mode. Un journalisme ouvert au monde, mais qui en donnerait une autre vision, la main tendue et la parole offerte à ceux qui se taisent. Une idée qui m’est venue avec mon expérience birmane, le jour où j’ai découvert comment des constructions parallèles et erronées du monde peuvent coexister. J’aurai l’occasion d’en reparler et de mûrir le projet. Qui sait ? Peut-être de rencontrer à Lille de futurs collaborateurs, fatigués comme moi des tendances éculées et des travers des mass media. Alors le Plateau comme centre d’activité? Pas maintenant, mais l’idée reste en suspens. Elle peut être séduisante, mais le piège ici serait de tomber dans le militantisme effréné et de se détacher de mon objectif d’approche quasi « scientifique » de l’information, de ne plus faire que du local partisan, tels ces journaux indépendants du Plateau, IPNS et autres Creuse Citron. Mon autre vie s’inventera-t-elle ici ?
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