Les producteurs de biocarburants prétendent que le contenu carbone des biocarburants est nul. C’est aussi ce que stipule le protocole de Kyoto et les textes européens en vigueur. Qu’en est-il pour vous ?
Les biocarburants sont produits à partir de la biomasse. L’argument avancé est que le CO2 émis par la combustion des biocarburants a été capté par les plantes. Ce CO2 est donc simplement retenu puis libéré. En ce sens, la combustion des biocarburants n’augmenterait pas la teneur en CO2 de l’atmosphère. Cet argument est en partie justifié. Les partisans des biocarburants omettent de considérer que leurs processus de fabrication additionnent des matières fossiles à cette biomasse. Pour exemple, l’éthanol n’est presque jamais utilisé pur en mélange avec l’essence dans les moteurs, mais sous forme d’ETBE (éthyl tertio butyl éther). Or ce composé est constitué à 47% d’éthanol provenant de plantes, mais surtout à 53% d’isobutène, vendu par les pétroliers aux éthanoliers. Le contenu carbone fossile des biocarburants est donc loin d’être nul. Cela justifie l’application d’une taxe carbone.
Peut-on considérer les biocarburants comme une énergie 100% renouvelable ?
Une énergie 100% renouvelable, c'est-à-dire avec une efficacité énergétique infinie, ça n’existe pas, sauf à aller ramasser du bois mort en forêt, le ramener à pieds à la maison et faire cuire sa soupe avec ! Et encore, il aurait fallu de l’énergie fossile pour fabriquer l’allumette. Ce que je veux montrer, c’est que tout processus de production d’énergie requiert en soi une dépense énergétique. Prenons l’exemple de l’éthanol de blé, décrit dans l’étude ADEME-Bio Is à paraître bientôt. Avec 3kg de blé, on obtient 1kg de CO2, 1kg d’éthanol et 1kg de drêches, à savoir les résidus non amidonnés du blé. La préparation passe par différentes étapes : hydrolyse de l’amidon en glucose, fermentation, distillation et déshydratation. Chaque étape est consommatrice d’énergie. L’étude ADEME-Bio Is a cherché à quantifier les dépenses pour la production d’éthanol. Le problème méthodologique est qu’elle les a assignées selon la technique du prorata des produits finaux. A chaque étape, les dépenses sont ainsi partagées entre éthanol et drêches (le CO2 étant considéré comme perdu). Or la distillation et la déshydratation ne concernent de manière évidente que l’éthanol ! La technique utilisée est donc biaisée. Le bon calcul, préconisé par les chercheurs, est celui de l’évitement. Il s’agit d’imputer la totalité des coûts énergétiques à l’éthanol et de lui soustraire l’économie réalisée par la production de drêches. Celles-ci sont en effet utilisées en alimentation animale à la place de produits énergétiquement plus coûteux. En utilisant cette technique plus fiable, on obtient pour l’éthanol une dépense énergétique de 0,97 mégajoule fossile par mégajoule d’éthanol produite, ce qui est considérable. La production de diesel affiche en comparaison une dépense énergétique de 1,09 mégajoule par mégajoule produite. Les biocarburants ne peuvent donc être considérés comme une énergie renouvelable et à ce titre exonérés de taxe carbone.
On comprend donc ce qui justifie l’application de la taxe carbone aux biocarburants. Quelles en seront les modalités de mise en œuvre ?
L’éthanol a toujours été taxé autant que l’essence, soit 59 centimes par litre payés par l’automobiliste. L’Etat rembourse aux éthanoliers 20 centimes par litre. Or, le contenu énergétique de l’éthanol étant plus faible que celui de l’essence, les consommateurs achètent 1,33L d’éthanol comme l’équivalent d’1L d’essence. La « défiscalisation » n’est donc qu’une entourloupe pour atteindre la neutralité fiscale entre essence et éthanol. Si la défiscalisation descend en-dessous de 20 centimes, comme c’est le cas dans le projet voté samedi, l’Etat reversera moins aux éthanoliers que ce qu’il a touché en plus des automobilistes. Les députés ont aussi voté une augmentation de la taxe intérieure sur les carburants (TIC). L’éthanol supportera une taxation nette (TIC-défiscalisation) plus importante que l’essence. Pour l’automobiliste, l’éthanol a de toutes façons toujours été plus taxé que l’essence : taxe identique pour un contenu énergétique un tiers plus faible !
Un rapport de l’ADEME controversé
Le Grenelle de l’Environnement a confié à l’ADEME la réalisation d’une étude exhaustive et contradictoire sur les bilans énergétiques et environnementaux des biocarburants utilisés en France. Cette étude doit faire suite à une première étude ADEME-DIREM 2002, vivement critiquée par la Confédération paysanne, des ONG environnementales et l’UFC Que Choisir.
Cette nouvelle étude, confiée au bureau d’étude Bio-IS s’est déroulée en deux temps, de novembre 2007 à avril 2008, pour la phase de définition méthodologique, puis de janvier à juin 2009. Elle devait être publiée courant septembre. Sa publication a été repoussée suite à des tensions internes au Comité technique, dans lequel siègent deux représentants des ONG. A la demande de Jean-Louis Borloo, l’ADEME a mis en ligne le 8 octobre dernier une synthèse de 26 pages…en attendant la publication toujours à venir.
Les points de crispations ?
Pour les associations invitées au Comité technique (Réseau Action Climat, France Nature Environnement), soutenues par la Fédération Nicolas Hulot, l’UFC Que Choisir, les Amis de la Terre, Greenpeace, Agir pour l’environnement, la Confédération Paysanne, quelques élus Verts et des chercheurs de l’INRA (JC Sourie, JC Bureau) et portées par la voix de Patrick Sadones :
Le rapport a procédé à un calcul erroné du coût énergétique et de l’effet de serre total des biocarburants. Pour l’éthanol de blé, le coût a été imputé dans une trop large mesure aux drêches. Pour les autres types de carburants, l’étude ne disposait pas de chiffres assez fiables pour prétendre tirer des conclusions, comme elle le fait cependant.
Pour les pétroliers :
Les filières fossiles ont été exagérément chargées (indicateur effet de serre ouvertement surestimé) afin de faire apparaître le bilan des biocarburants sous un jour plus favorable par comparaison.
Voir le
communiqué de presse de la confederation paysanne du 29/07/09
A venir
Une réunion de concertation du Comité technique le 6 novembre prochain. Le Réseau Action Climat et France Nature Environnement pourront-ils faire entendre leurs deux voix face à la trentaine d’ « experts » du Comité ?
La chaine de production de biocarburants est très gourmande en énergie -de la culture intensive à la transformation - et il est évident que le bilan énergétique est négatif et que ces bio -ou plutôt necro- carburants doivent être taxés comme les autres... Il contribuent aussi à la pollution des sols avec les pesticides et autres intrants utilisés pour leur culture et à la déforestation en Amérique du Sud et an Asie. C'est tout à fait contraire à l'éthique environnementale! L'éthanol est un contresens écologique.
RépondreSupprimerPar contre, que les moteurs diesel qui ont été conçus il y a plus d'un siècle spécifiquement pour carburer à l'huile végétale ne soient pas autorisés à le faire parce que l'état veut prélever la TIPP (taxe intérieure sur les produits pétroliers) sur tous les carburants utilisés, même ceux qui ne contiennent pas de pétrole, c'est assez scandaleux! Certains malins utilisent quand même ce système illégal (huiles végétales neuves ou usagées, friture notamment, ce qui permet un recyclage positif de ces produits polluants pour la nature) et il fonctionne parfaitement sur les moteurs diesel usuels avec quelques modifications mineures.
L'électricité est aussi une énergie polluante, elle est en partie produite par des centrales au charbon et au gaz et même si le nucléaire n'émet pas de CO2, il produit des déchets dangereux avec une durée de vie de plusieurs millénaires...
L'hydrogène est apparemment la véritable solution d'avenir -non polluante et renouvelable- les transports, mais le circuit de distribution de ce carburant n'existe pas et la production en série de véhicules équipés de ces moteurs n'est pas encore prévue. Alors, qu'est-ce qu'on attend ?