
Malgré la pluie cinglante de cette après-midi grise des jours précédant Noël, une petite assemblée de cinquante à cent personnes réunie sur l’esplanade du Trocadéro a bravé aujourd’hui l’indifférence ambiante. Répondant à l’appel de différentes associations et de la Mairie de Paris, quelques badauds, avisés ou non, étaient présents pour écouter l’appel au secours porté par Jane Birkin en faveur de la dame de Rangoon, Aung San Suu Kyi. L’événement, organisé par le journal Marie Claire, faisait écho au 9e sommet des prix Nobel de la Paix qui s’est tenu la semaine dernière à la Mairie de Paris.
Citoyenne d’honneur de la Ville De Paris
Au cours de cette réunion, placée cette année sous le signe des droits de l’homme-sa tenue a coïncidé avec le soixantième anniversaire de leur déclaration universelle -

les nombreux lauréats du Prix Nobel ont décidé de porter un message de soutien tout particulier à Aung San Suu Kyi, figure emblématique de la lutte pour les droits de l’homme et les droits d’expression en Birmanie. Jane Birkin, qui soutient depuis de longues années la cause du parti démocratique birman de Aung San Suu Kyi et a récemment composé une chanson en son hommage, s’est vu remettre par les participants au sommet une lettre adressée à M. Bernard Kouchner. La ville de Paris s’est par ailleurs associée au soutien apportée au leader de l’opposition birmane en la nommant citoyenne d’honneur de la ville de Paris et en contribuant à l’organisation de la manifestation d’aujourd’hui, destinée à rendre publiques les déclarations des Prix Nobel de la Paix.
Vœux pieuxAutour du panneau central placé dos à la perspective de la Tour Eiffel et portant les photos de Aung San Suu Kyi et de nombreux opposants emprisonnés récemment en conséquence des émeutes de septembre 2007, quelques curieux et de nombreux membres d’associations se pressent. Beaucoup se saluent, se reconnaissent. La réalisatrice Agnès Varda, dont le film « Les plages d’Agnès » sort aujourd’hui, peut être aperçue au milieu des mains qui se serrent. Finalement, le sort du peuple birman intéresse toujours les mêmes, passée l’exaltation médiatique de mai montrant un cyclone ravageant une population enclavée et laissant plus de 300 000 morts. « L’exaltation médiatique aura duré une semaine, une petite semaine », lance Jane Birkin. « Nous faisons porter la faute de ce qui se passe dans ce pays à la Chine, soutien de longue date au régime birman, aux Russes, qui bien souvent bloquent les résolutions de l’ONU, mais ces pays ne sont pas des démocraties, que je sache. Si nous,

démocraties, n’intervenons pas, qui le fera ? » Et de rappeler que suite au cyclone Nargis que tous ou presque ont déjà relégué dans les archives de l’année, quelques 70 000 orphelins sont venus grossir les rangs des enfants soldats en Birmanie. Se succèdent au micro des humanitaires, Info Birmanie, Amnesty International, La ligue des femmes pour la démocratie, ainsi que des élus, M. Philippe Martin, président du groupe d’étude France-Birmanie à l’Assemblée Nationale, puis son homologue au sénat, Mme Joëlle Garriaud-Maylam. Tous deux confirment le soutien de la France au mouvement démocratique porté par Aung San Suu Kyi et invitent la junte militaire à amorcer un processus de dialogue. « La démocratie est inéluctable », assure la sénatrice « Le problème est qu’en Birmanie, une longue parenthèse de plus de vingt ans est venue la retarder, les derniers mois ayant été particulièrement insoutenables. » Il ne faut pas oublier que la dame de Rangoon, malade et isolée, a bien failli mourir dans l’indifférence cet été, et que des dizaines de jeunes manifestants de la révolte safran ont été condamnés cet automne à des peines de soixante-cinq ans de détention.
La manifestation s’est achevée sur la lecture par deux exilés birmans d’un trentaine de noms de ces jeunes prisonniers politiques qui ont résonné sur l'esplanade des droits de l’homme comme un rempart contre l’oubli.
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